Et si l’accessibilité du web était devenue bien plus qu’un enjeu d’inclusion ?
Depuis le 28 juin 2025, l'accessibilité numérique n'est plus une simple bonne pratique en France : c'est une obligation légale pour une large partie des entreprises privées. Et à l'ère de l'intelligence artificielle, les mêmes règles qui rendent un site conforme peuvent aussi déterminer s'il est compris et cité par les agents IA.
1. Une obligation légale déjà en vigueur en France
L'European Accessibility Act (EAA, directive européenne 2019/882) impose depuis le 28 juin 2025 des exigences d'accessibilité numérique à de nombreuses entreprises privées, et plus seulement au secteur public. En France, cette directive a été transposée dans le droit national et est désormais applicable aux produits et services concernés.
Concrètement, sont notamment concernés : le commerce électronique, les services bancaires destinés aux consommateurs, les services de transport, les services de communications électroniques, les livres numériques et certains terminaux en libre-service.
Une exemption est prévue pour les microentreprises, c'est-à-dire les structures de moins de 10 salariés et dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 2 millions d'euros.
Le contrôle est assuré par plusieurs autorités compétentes selon les secteurs concernés, notamment la DGCCRF, l'ARCOM, l'ARCEP, l'ACPR, l'AMF et la Banque de France.
Pour les entreprises françaises qui vendent en ligne ou proposent des services numériques au grand public, la question n'est donc plus de savoir s'il faut agir, mais comment mettre leur écosystème numérique en conformité.
2. Les agents IA ne lisent pas les sites comme les humains
Au-delà de l'obligation légale, un second changement transforme la manière dont les entreprises belges doivent envisager leur présence numérique. De plus en plus d'utilisateurs, y compris en Belgique, passent par des assistants IA comme ChatGPT, Gemini, Claude ou Perplexity, et obtiennent des réponses directes sans naviguer sur les sites eux-mêmes.
Contrairement aux humains, les agents IA ne perçoivent pas les couleurs, la mise en page ou l'apparence visuelle d'un site. Ils analysent principalement sa structure sous-jacente :
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le balisage HTML,
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les titres,
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les relations sémantiques entre les contenus
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les métadonnées.
Un site mal structuré devient donc plus difficile à comprendre pour l'IA, même s'il semble visuellement attrayant pour un utilisateur.
3. Ce que les lecteurs d'écran et les agents IA ont en commun
Les grands modèles de langage IA (LLM) lisent les contenus de manière similaire à un utilisateur qui utilise un lecteur d'écran. Les lecteurs d'écran s'appuient sur :
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La structure sémantique du contenu,
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Les alternatives textuelles des images,
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Les libellés, rôles et états des éléments interactifs,
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Les rôles et attributs ARIA appropriés
Les agents IA utilisent également ces éléments pour comprendre le contenu d'une page et en extraire l'information pertinente. Lorsque ces composants sont absents ou incorrectement implémentés, les utilisateurs de technologies d'assistance rencontrent des difficultés, mais les systèmes d'IA aussi. Les mêmes fondations qui mettent une entreprise belge en conformité avec l'EAA contribuent donc également à sa compréhension par les intelligences artificielles.
4. L'arrivée du GEO
Après le SEO (Search Engine Optimization), un nouveau concept gagne en importance : le GEO, ou Generative Engine Optimization. Il vise à optimiser les contenus afin qu'ils soient facilement compris, interprétés et cités par les moteurs de réponse basés sur l'IA. L'objectif n'est plus uniquement d'apparaître dans une liste de résultats de recherche, mais aussi d'être sélectionné comme source fiable lorsqu'un assistant IA formule une réponse.
Dans ce contexte, les entreprises françaises doivent s'assurer que leurs contenus sont :
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Clairs et bien structurés,
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Faciles à analyser de manière sémantique,
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Accessibles aux technologies d'assistance,
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Exempts de barrières techniques qui empêchent l'interprétation du contenu.
L’impact de l’accessibilité en chiffres
Une étude menée en 2025 par AccessibilityChecker.org, en partenariat avec Semrush, a analysé 10 000 sites web pour évaluer le lien entre score de conformité en accessibilité et performance SEO.
Les résultats montrent une corrélation positive entre les deux : le trafic organique augmente en moyenne de 23 %, le nombre de mots-clés organiques de 27 %, et le score d'autorité de 19 %, à mesure que le score de conformité progresse. L'étude précise elle-même que l'accessibilité n'explique qu'une partie de cette variation , le reste dépendant d'autres facteurs comme la qualité du contenu ou le profil de liens entrants.
Pour une entreprise française, ce constat s'ajoute directement à l'obligation légale : la mise en conformité EAA n'est plus seulement un exercice réglementaire, elle devient un investissement qui sert simultanément la conformité, le référencement et la visibilité auprès des assistants IA.
5. Comment les tests d'accessibilité peuvent améliorer votre GEO, et votre conformité
Les audits et tests d'accessibilité permettent d'identifier des problèmes qui affectent à la fois les utilisateurs, les obligations légales et les systèmes d'intelligence artificielle.
Par exemple, un audit qui révèle l'absence de balises <h1> à <h6> cohérentes sur une page produit corrige un problème triple : un lecteur d'écran ne peut plus naviguer efficacement entre les sections, le site peut présenter des non-conformités vis-à-vis des exigences d'accessibilité applicables depuis l'entrée en vigueur de l'EAA, et un agent IA risque de mal interpréter la hiérarchie de l'information. Une fois cette structure rétablie, la page devient plus accessible, mieux comprise par les moteurs génératifs et plus simple à exploiter pour les technologies d'assistance.
En tant que professionnels de l'assurance qualité et de l'accessibilité, nous savons également que les outils automatisés ne détectent qu'une partie des problèmes. Les tests manuels, la navigation au clavier, l'utilisation de lecteurs d'écran et l'analyse du code restent indispensables pour garantir une expérience réellement inclusive et démontrer un niveau de conformité robuste en cas de contrôle des autorités compétentes.
Le mot de notre experte
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« Pendant longtemps, l'accessibilité numérique a été perçue principalement comme une obligation de conformité. Aujourd'hui, avec l'entrée en vigueur de l'EAA en France, elle devient aussi un enjeu de visibilité et de performance à l'ère de l'IA. Les mêmes bonnes pratiques qui permettent aux personnes utilisant des technologies d'assistance d'accéder efficacement à l'information permettent aussi aux agents IA de mieux comprendre et interpréter nos contenus. Investir dans l'accessibilité, c'est donc investir simultanément dans la conformité légale, l'inclusion et la découvrabilité de demain. » Mariana, QA Lead en Accessibilité |
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