Et si l’accessibilité du web était devenue bien plus qu’un enjeu d’inclusion ?
Depuis le 28 juin 2025, l'accessibilité numérique n'est plus une simple bonne pratique en Belgique : c'est une obligation légale pour une large partie des entreprises privées. Et à l'ère de l'intelligence artificielle, les mêmes règles qui rendent un site conforme peuvent aussi déterminer s'il est compris et cité par les agents IA.
1. Une obligation légale déjà en vigueur en Belgique
L'European Accessibility Act (EA, directive européenne 2019/882) impose depuis le 28 juin 2025 des exigences d'accessibilité numérique aux entreprises privées, et plus seulement au secteur public. En Belgique, cette directive a été transposée via la loi du 5 novembre 2023 et intégrée au titre 5 du Livre VIII du Code de droit économique.
Concrètement, sont notamment concernés : le commerce électronique, les services bancaires aux consommateurs, les livres numériques et les terminaux en libre-service. Le SPF Économie, via sa Direction générale de l'Inspection économique est chargé du contrôle pour l'e-commerce et les services bancaires. Une exception existe pour les micro-entreprises (moins de 10 employés et moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires ou de bilan annuel), qui bénéficient d'une période de transition supplémentaire.
Pour les entreprises belges dont le site vend en ligne ou propose des services numériques au grand public, la question n'est donc plus si elles doivent se mettre en conformité, mais quand et comment.
2. Les agents IA ne lisent pas les sites comme les humains
Au-delà de l'obligation légale, un second changement transforme la manière dont les entreprises belges doivent envisager leur présence numérique. De plus en plus d'utilisateurs, y compris en Belgique, passent par des assistants IA comme ChatGPT, Gemini, Claude ou Perplexity, et obtiennent des réponses directes sans naviguer sur les sites eux-mêmes.
Contrairement aux humains, les agents IA ne perçoivent pas les couleurs, la mise en page ou l'apparence visuelle d'un site. Ils analysent principalement sa structure sous-jacente :
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le balisage HTML,
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les titres,
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les relations sémantiques entre les contenus
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les métadonnées.
Un site mal structuré devient donc plus difficile à comprendre pour l'IA, même s'il semble visuellement attrayant pour un utilisateur.
3. Ce que les lecteurs d'écran et les agents IA ont en commun
Les grands modèles de langage IA (LLM) lisent les contenus de manière similaire à un utilisateur qui utilise un lecteur d'écran. Les lecteurs d'écran s'appuient sur :
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La structure sémantique du contenu,
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Les alternatives textuelles des images,
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Les libellés, rôles et états des éléments interactifs,
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Les rôles et attributs ARIA appropriés
Les agents IA utilisent également ces éléments pour comprendre le contenu d'une page et en extraire l'information pertinente. Lorsque ces composants sont absents ou incorrectement implémentés, les utilisateurs de technologies d'assistance rencontrent des difficultés, mais les systèmes d'IA aussi. Les mêmes fondations qui mettent une entreprise belge en conformité avec l'EAA contribuent donc également à sa compréhension par les intelligences artificielles.
4. L'arrivée du GEO
Après le SEO (Search Engine Optimization), un nouveau concept gagne en importance : le GEO, ou Generative Engine Optimization. Il vise à optimiser les contenus afin qu'ils soient facilement compris, interprétés et cités par les moteurs de réponse basés sur l'IA. L'objectif n'est plus uniquement d'apparaître dans une liste de résultats de recherche, mais aussi d'être sélectionné comme source fiable lorsqu'un assistant IA formule une réponse.
Dans ce contexte, les entreprises belges doivent s'assurer que leurs contenus sont :
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Clairs et bien structurés,
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Faciles à analyser de manière sémantique,
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Accessibles aux technologies d'assistance,
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Exempts de barrières techniques qui empêchent l'interprétation du contenu.
L’impact de l’accessibilité en chiffres
Une étude menée en 2025 par AccessibilityChecker.org, en partenariat avec Semrush, a analysé 10 000 sites web pour évaluer le lien entre score de conformité en accessibilité et performance SEO.
Les résultats montrent une corrélation positive entre les deux : le trafic organique augmente en moyenne de 23 %, le nombre de mots-clés organiques de 27 %, et le score d'autorité de 19 %, à mesure que le score de conformité progresse. L'étude précise elle-même que l'accessibilité n'explique qu'une partie de cette variation , le reste dépendant d'autres facteurs comme la qualité du contenu ou le profil de liens entrants.
Pour une entreprise belge, ce constat s'ajoute directement à l'obligation légale : la mise en conformité EAA n'est plus seulement un exercice réglementaire, elle devient un investissement qui sert simultanément la conformité, le référencement et la visibilité auprès des assistants IA.
5. Comment les tests d'accessibilité peuvent améliorer votre GEO, et votre conformité
Les audits et tests d'accessibilité permettent d'identifier des problèmes qui affectent à la fois les utilisateurs, les obligations légales et les systèmes d'intelligence artificielle. Par exemple, un audit qui révèle l'absence de balises`<h1>`–`<h6>` cohérentes sur une page produit corrige un problème triple : un lecteur d'écran ne peut plus naviguer par sections, le site s'expose à un manquement au regard de l'EAA, et un agent IA ne peut plus identifier la hiérarchie de l'information pour la citer correctement. Une fois cette structure rétablie, la page devient à la fois conforme, plus utilisable pour les technologies d'assistance, et plus facilement indexable par les moteurs génératifs.
En tant que professionnels de l'assurance qualité et de l'accessibilité, nous savons aussi que les outils de test automatisés ne détectent qu'une partie des problèmes. Les tests manuels, navigation au clavier, lecteur d'écran, analyse du code, restent essentiels pour garantir une expérience réellement inclusive et une conformité solide face aux contrôles du SPF Économie.
Le mot de notre experte
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« Pendant longtemps, l'accessibilité numérique a été perçue principalement comme une obligation de conformité. Aujourd'hui, avec l'entrée en vigueur de l'EAA en Belgique, elle devient aussi un enjeu de visibilité et de performance à l'ère de l'IA. Les mêmes bonnes pratiques qui permettent aux personnes utilisant des technologies d'assistance d'accéder efficacement à l'information permettent aussi aux agents IA de mieux comprendre et interpréter nos contenus. Investir dans l'accessibilité, c'est donc investir simultanément dans la conformité légale, l'inclusion et la découvrabilité de demain. » Mariana, QA Lead en Accessibilité |
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